Contrats FIDIC aux Émirats : nature juridique et limites d'application
Dans le secteur de la construction aux Émirats arabes unis, on entend couramment l'expression « la loi FIDIC ». En réalité, FIDIC n'est pas une législation : c'est la Fédération internationale des ingénieurs-conseils, et ce qu'on lui attribue est un ensemble de contrats types qui n'acquièrent aucune force obligatoire à moins que les parties ne les incorporent expressément, auquel cas ils deviennent des stipulations contractuelles soumises au droit émirien et non supérieures à lui. La distinction n'est pas verbale : toute clause FIDIC contraire à une règle impérative est nulle, quelle qu'ait été la volonté des parties. La question a gagné en importance depuis la nouvelle loi sur les transactions civiles et depuis l'entrée en vigueur, à Dubaï, d'une loi locale régissant les activités d'entreprise de construction dont le champ englobe les zones franches et le Centre financier international de Dubaï. Nous exposons ci-après la nature juridique de ces contrats, les limites de leur effet et les règles impératives que le contrat ne peut écarter.
📘Ce qu'est FIDIC et pourquoi l'appellation courante est inexacte
FIDIC est l'acronyme de la Fédération internationale des ingénieurs-conseils, organisation professionnelle internationale non gouvernementale qui publie des contrats types pour les projets de construction et d'infrastructure. Ces modèles n'obligent personne par eux-mêmes et ne font pas partie de l'ordre juridique de l'État : ils entrent dans le contrat par la seule volonté des parties. Les qualifier de « loi » confond ainsi la source contractuelle et la source législative de l'obligation, et conduit en pratique à supposer à tort qu'une clause FIDIC prime un texte législatif.
📚La gamme FIDIC et les différences entre les modèles
Les principaux modèles FIDIC sont désignés par la couleur de leur couverture, et la différence tient à celui qui assure la conception, à la répartition des risques et au mode de fixation du prix. Le choix d'un modèle inadapté fait peser sur l'une des parties un risque qu'elle n'a pas chiffré.
⚖️Les règles impératives que le contrat ne peut écarter
C'est ici qu'apparaît la conséquence pratique la plus importante du caractère contractuel et non législatif de FIDIC, la loi sur les transactions civiles comportant en matière d'entreprise des règles impératives auxquelles aucune convention ne peut déroger.
🔄L'évolution de la législation civile et son effet sur les contrats en cours
Un décret-loi fédéral portant nouvelle loi sur les transactions civiles a abrogé la loi de 1985 et ses modifications. Il en résulte que le texte régissant le contrat d'entreprise dépend de la date du contrat et du fait litigieux, non de la date d'introduction de l'instance — point négligé dans les contrats de longue durée qui chevauchent la date d'entrée en vigueur du nouveau texte.
Parmi les innovations majeures figure une disposition relative à la rupture de l'équilibre contractuel : lorsque l'équilibre entre les obligations du maître de l'ouvrage et celles de l'entrepreneur est rompu par des circonstances exceptionnelles générales imprévisibles lors de la conclusion, et que s'effondre la base sur laquelle reposait l'estimation financière, le juge peut, après avoir pesé les intérêts des deux parties, rétablir l'équilibre contractuel en prorogeant le délai d'exécution, en augmentant ou en réduisant le prix, ou prononcer la résolution. L'entrepreneur dispose ainsi d'une voie indépendante des mécanismes FIDIC.
⚙️Les mécanismes FIDIC et leurs équivalents dans la législation émirienne
Nombre de mécanismes tenus pour propres à FIDIC ont leur équivalent dans la législation émirienne. La loi impose à l'entrepreneur ayant contracté sur devis quantitatif à l'unité, et qui constate en cours d'exécution que la réalisation de la conception convenue exige de dépasser les quantités estimées, d'aviser le maître de l'ouvrage du supplément de prix qu'il prévoit ; à défaut, il perd le droit de recouvrer les dépenses excédentaires. C'est en substance un régime de notification à peine de déchéance, voisin du mécanisme de notification familier de FIDIC.
Quant au sous-traitant, l'entrepreneur peut lui confier tout ou partie des travaux si aucune clause ne l'interdit et si la nature de l'ouvrage n'exige pas une exécution personnelle, et il demeure responsable de lui envers le maître de l'ouvrage. Le sous-traitant ne peut rien réclamer au maître de l'ouvrage sur ce qui est dû à l'entrepreneur principal, sauf délégation consentie par ce dernier — règle qui écarte nombre d'actions directes.
🏗️Le cadre réglementaire des activités d'entreprise de construction à Dubaï
Dubaï a promulgué une loi régissant l'exercice des activités d'entreprise de construction, applicable à tous les entrepreneurs opérant dans l'émirat, y compris les zones de développement spécial et les zones franches, dont le Centre financier international de Dubaï, et excluant les activités relatives aux aéroports, aux infrastructures et à leurs installations. L'inclusion du Centre financier international mérite attention, l'usage supposant son autonomie juridique.
La loi interdit à toute personne physique ou morale d'exercer ces activités dans l'émirat ou de se présenter comme entrepreneur sans être titulaire de la licence commerciale et inscrite au registre. Plus important encore, elle interdit aux particuliers et aux entités publiques et privées de contracter avec une société pour de telles activités si celle-ci n'est pas titulaire de la licence et inscrite au registre. L'obligation pèse donc aussi sur le maître de l'ouvrage, ce qui commande de vérifier l'inscription et le classement avant la signature.
La loi locale oblige également l'entrepreneur à conserver les originaux des contrats d'entreprise, des registres, des documents et des plans qui s'y rapportent pendant dix ans au moins, à compter de la délivrance du certificat d'achèvement ou de l'expiration du contrat, et à les produire à l'autorité compétente sur demande. Ce délai fait écho à celui de la garantie décennale, et son poids probatoire est considérable lorsque le litige naît des années après la réception.
Le manquement est sanctionné par des amendes, assorties de mesures complémentaires : suspension de l'activité pour un an au plus, déclassement, ou radiation du registre et saisine de l'autorité de licence en vue de l'annulation de la licence commerciale. Les agents des autorités compétentes sont investis de la qualité d'officier de police judiciaire et peuvent accéder au siège de l'entrepreneur et aux chantiers et consulter registres et documents.
🏛️Les marchés publics de travaux à Dubaï et la responsabilité devant la Municipalité
Les modèles FIDIC ne s'appliquent pas tels quels aux marchés des entités publiques de Dubaï, dont les achats relèvent de la loi sur les contrats et la gestion des magasins, laquelle comporte un régime complet des marchés de travaux. L'entité publique peut modifier la quantité, la nature ou les spécifications par ordres de service lorsque la modification réduit la valeur du marché, quel qu'en soit le pourcentage, ou l'augmente de trente pour cent au plus du montant total stipulé.
S'agissant des pénalités de retard, une pénalité est due par jour de retard, plafonnée à dix pour cent de la valeur du marché, calculée du seul fait du retard, sans mise en demeure ni preuve du préjudice. Le fournisseur peut néanmoins solliciter la remise des pénalités si le retard tient à un événement imprévu, à la force majeure ou à un fait de l'entité publique elle-même, pièces à l'appui.
Sur le plan de l'autorisation et du contrôle municipal, la législation locale sur les travaux de bâtiment rend l'entrepreneur et l'ingénieur solidairement responsables de l'exécution des travaux et de leur sécurité pendant et après l'exécution, leur responsabilité s'étendant aux bâtiments voisins du chantier et à tout ouvrage public pour les dommages causés. L'entrepreneur répond des infractions commises sur le chantier dès la prise de possession, et l'ingénieur partage cette responsabilité s'il les approuve expressément ou tacitement, l'absence d'instructions tendant à les faire cesser valant approbation tacite.
📑La clause d'arbitrage dans les contrats FIDIC et le sort des renvois à des centres supprimés
La loi sur l'arbitrage exige que la convention d'arbitrage soit écrite à peine de nullité, et l'exigence d'écrit est satisfaite lorsqu'un contrat constaté par écrit renvoie à un contrat type, à une convention internationale ou à tout autre document contenant une clause compromissoire, le renvoi étant clair quant à l'intégration de cette clause au contrat. C'est le fondement qui donne effet à l'incorporation des modèles FIDIC quant à la clause d'arbitrage, à condition que le renvoi soit clair.
Le tribunal saisi d'un litige couvert par une convention d'arbitrage doit déclarer la demande irrecevable si le défendeur le soulève avant toute demande ou défense au fond, sauf s'il constate que la convention est nulle ou inexécutable. L'exception doit donc être soulevée à la première audience et avant toute défense au fond, faute de quoi elle est perdue.
Quant aux contrats anciens renvoyant à des centres d'arbitrage supprimés à Dubaï, le décret organisant le Centre d'arbitrage international de Dubaï tient pour valables et efficaces toutes les conventions d'arbitrage conclues devant les centres supprimés, et substitue le Centre à ceux-ci pour connaître des litiges nés de ces conventions, sauf accord contraire des parties. La clause d'arbitrage ne saurait donc être contestée du seul fait de la suppression du centre désigné au contrat.
⏳Principaux délais et échéances
💡Conseils juridiques pratiques
📖Références juridiques
2. Loi fédérale n° 5 de 1985 portant loi sur les transactions civiles et ses modifications (abrogée).
3. Loi fédérale n° 6 de 2018 relative à l'arbitrage.
4. Décret-loi fédéral n° 42 de 2022 portant code de procédure civile.
5. Loi n° 7 de 2025 régissant l'exercice des activités d'entreprise de construction dans l'émirat de Dubaï.
6. Loi n° 12 de 2020 relative aux contrats et à la gestion des magasins au sein du Gouvernement de Dubaï.
7. Ordonnance locale n° 3 de 1999 régissant les travaux de bâtiment dans l'émirat de Dubaï et ses modifications.
8. Décret n° 34 de 2021 relatif au Centre d'arbitrage international de Dubaï.

