Recouvrement des créances de garage auprès des compagnies d'assurance aux Émirats
Si vous exploitez un garage ou un centre de réparation automobile aux Émirats arabes unis et que vos créances auprès d’une compagnie d’assurance se sont accumulées sans être réglées, votre réclamation n’est pas une réclamation d’assurance : il s’agit d’une créance contractuelle correspondant au prix de travaux de réparation exécutés sur la base d’une approbation délivrée par la compagnie. Trois voies juridiques graduées s’offrent à vous : la mise en demeure notariée, puis la plainte réglementaire devant la Banque centrale des Émirats arabes unis en sa qualité d’autorité de supervision des activités d’assurance, et enfin l’action judiciaire par voie d’injonction de payer lorsque la créance est établie par écrit, d’un montant déterminé et exigible, ou par voie d’action ordinaire. Dans tous les cas, la documentation écrite des ordres de réparation, des factures et des bons de livraison constitue l’élément décisif du recouvrement, et le retard à agir demeure la principale cause d’affaiblissement de la créance.
La qualification juridique exacte des créances du garage
Le point de départ de tout dossier de ce type consiste à déterminer avec précision la nature de la relation juridique, car une erreur de qualification entraîne une erreur dans le choix du défendeur, de la juridiction compétente et du délai de prescription. Le garage n’est pas partie à la police d’assurance conclue entre la compagnie et l’assuré, et l’effet du contrat ne s’étend pas aux tiers. La réclamation du garage ne repose donc pas sur la police d’assurance elle-même.
Elle repose au contraire sur une relation autonome, née lorsque la compagnie d’assurance émet un ordre de réparation ou une approbation écrite chargeant le garage de réparer un véhicule déterminé, que le garage exécute les travaux et livre le véhicule, et que la compagnie se trouve tenue d’en payer la contrepartie. Il s’agit en substance d’une relation contractuelle entre professionnels, régie par les règles du contrat et des transactions commerciales.
La différence pratique entre les deux situations
Lorsque le garage dispose d’une approbation ou d’une convention conclue avec la compagnie d’assurance ainsi que d’ordres de réparation émis par elle, le débiteur est directement la compagnie. En revanche, lorsque la réparation a été effectuée à la seule demande du propriétaire du véhicule sans approbation de la compagnie, le débiteur est le propriétaire, qui a seul qualité pour agir contre son assureur au titre de sa police. Cette distinction est le premier point examiné dans le dossier avant l’introduction de toute réclamation.
Les documents qui emportent la décision en faveur du garage
La force d’un dossier se mesure à ses pièces et non au montant réclamé. Dans les litiges relatifs au recouvrement des créances des garages, ce sont les documents suivants sur lesquels s’appuie l’expert désigné par le tribunal pour examiner la dette :
1Ordres de réparation et approbations : c’est l’acte qui fait naître l’obligation de la compagnie. Il doit émaner de la compagnie ou d’une personne habilitée à signer en son nom et mentionner le numéro de sinistre et le numéro du véhicule.
2Factures fiscales : établies conformément à la législation fiscale en vigueur et conformes à l’ordre de réparation quant à la désignation et à la valeur.
3Bons de livraison des véhicules : signés par le propriétaire du véhicule ou par le représentant de la compagnie, attestant l’achèvement des travaux et leur livraison sans réserve.
4Relevé de compte et reconnaissances de rapprochement : en particulier tout relevé signé ou revêtu du cachet de la compagnie, ou tout courriel comportant une reconnaissance du solde, la reconnaissance de dette étant l’un des modes de preuve les plus solides.
5Correspondances et mises en demeure antérieures : elles établissent la permanence de la réclamation et écartent toute exception tirée d’une renonciation ou d’un silence prolongé.
Première voie : la réclamation amiable et la mise en demeure notariée
Avant de saisir la justice, le dossier se construit par une réclamation écrite formelle comportant le détail des montants, des numéros de factures et des dates d’échéance. L’intérêt de cette étape est double : elle ouvre la voie à un règlement amiable et constitue une preuve écrite de la réclamation, invocable ultérieurement devant le tribunal.
Si la réclamation amiable demeure sans effet, une mise en demeure est signifiée par l’intermédiaire du notaire public, comportant sommation de payer dans un délai déterminé et avertissement de l’engagement de poursuites en cas de non-paiement. En pratique, la mise en demeure notariée déclenche le paiement ou ouvre une négociation sérieuse dans une proportion notable des dossiers, car elle signale à la compagnie que l’affaire est passée du suivi administratif à l’action juridique.
« Retarder la réclamation ne préserve pas la relation commerciale, contrairement à ce que croient nombre d’exploitants de garages : cela affaiblit la position juridique et rend le règlement plus difficile. C’est la réclamation documentée et formée en temps utile qui préserve à la fois le droit et la relation. »
— Maître Awadh Almheiri
Deuxième voie : la plainte réglementaire devant la Banque centrale
Les compagnies d’assurance exerçant dans l’État sont soumises à la supervision et au contrôle de la Banque centrale des Émirats arabes unis en vertu du décret-loi fédéral relatif à la Banque centrale, à l’organisation des institutions et activités financières et aux activités d’assurance, cadre législatif en vigueur depuis l’abrogation du texte antérieur régissant les activités d’assurance. Ce contrôle porte sur l’agrément, la solvabilité financière et la régularité des pratiques professionnelles de la compagnie.
Le dépôt d’une plainte documentée auprès de l’autorité de supervision constitue un véritable moyen de pression institutionnelle, la compagnie devant répondre de la régularité de ses opérations devant son législateur et son autorité d’agrément. Deux observations importantes doivent toutefois être connues à l’avance par l’exploitant du garage :
La première est que les mécanismes de règlement des litiges d’assurance ont été conçus à l’origine pour les personnes intéressées à la police d’assurance. Leur applicabilité au garage doit donc être appréciée au regard de la qualification de sa relation avec la compagnie, la voie judiciaire pouvant être directement la voie appropriée lorsque la réclamation est purement contractuelle.
La seconde est que la plainte réglementaire ne dispense pas d’engager l’action judiciaire en temps utile. Il ne convient pas de s’en tenir à la plainte en laissant courir les délais ; il est préférable de conduire les deux voies de front selon un plan réfléchi.
Troisième voie : l’injonction de payer ou l’action judiciaire
Le code de procédure civile ouvre une voie abrégée de recouvrement de la créance : l’injonction de payer. Elle suppose que le droit du créancier soit établi par écrit, d’un montant déterminé et exigible, et qu’elle soit précédée d’une sommation de payer adressée au débiteur conformément à la loi. Son avantage est d’épargner au créancier les longues étapes du procès et de lui procurer un titre exécutoire dans un délai bien plus court que celui d’une action ordinaire.
Lorsque la créance n’est pas d’un montant déterminé, ou lorsque la compagnie conteste l’existence des travaux, leur valeur ou leur qualité, la voie est celle de l’action au fond devant la juridiction compétente. Le tribunal y désigne le plus souvent un expert comptable ou technique chargé d’examiner les ordres de réparation et les factures et de déterminer le montant réellement dû. C’est ici qu’apparaît l’importance de registres tenus avec ordre et cohérence, le rapport de l’expert constituant en pratique l’ossature du jugement.
Au stade de l’exécution, un élément joue en faveur du garage : les compagnies d’assurance agréées dans l’État sont soumises à des exigences réglementaires, à des seuils de solvabilité financière et à un contrôle continu, ce qui rend ordinairement l’exécution d’un jugement à leur encontre plus aisée que contre un débiteur commercial ordinaire.
La demande d’intérêts moratoires et de dommages-intérêts
La réclamation ne se limite pas au principal. Le code des transactions commerciales autorise le créancier d’une dette commerciale à réclamer des intérêts de retard dans les limites et conditions qu’il fixe, qu’ils soient convenus au contrat ou évalués par le tribunal à défaut de convention. Il est donc toujours recommandé que la convention d’agrément conclue entre le garage et la compagnie d’assurance comporte une clause expresse sur le délai de paiement et sur les conséquences du retard.
Des dommages-intérêts peuvent également être réclamés au titre du préjudice établi résultant du refus de payer, lorsque les conditions de la responsabilité sont réunies, outre les dépens et les honoraires d’avocat tels qu’appréciés par le tribunal.
Le cas des succursales de compagnies d’assurance étrangères
Lorsque la compagnie débitrice est la succursale d’une société étrangère agréée pour exercer l’activité dans l’État, la réclamation est dirigée contre la succursale agréée à l’intérieur de l’État en sa qualité de partie contractante, et l’exécution est poursuivie sur ses actifs et ses comptes situés dans l’État. Deux points doivent alors être vérifiés sans délai : la qualité du signataire des ordres de réparation et l’étendue de son habilitation, ainsi que l’existence d’une clause de la convention fixant la compétence territoriale ou renvoyant le litige à l’arbitrage, l’omission d’une telle clause pouvant conduire à l’accueil d’une exception d’incompétence et à une perte de temps considérable.
Erreurs fréquentes qui affaiblissent la position du garage
1Continuer d’accepter de nouveaux travaux de la compagnie malgré l’accumulation de la dette, ce qui accroît le risque sans aucune garantie supplémentaire.
2Exécuter des travaux sur la base d’un accord verbal ou d’un message informel, sans ordre de réparation écrit émanant d’une personne habilitée à signer.
3Accepter des règlements partiels ou des remises sans établir une quittance précisant clairement qu’il s’agit d’un règlement partiel n’affectant pas le solde restant dû.
4Se fier au suivi téléphonique et aux promesses répétées pendant des années sans documentation écrite, ce qui prive le plus souvent les garages d’une partie de leurs droits.
5Négliger l’examen de la convention d’agrément et des clauses qu’elle contient sur les remises, les délais de présentation des factures ou la déchéance du droit en cas de dépassement.
Délais et échéances à observer
Calendrier synthétique du processus de recouvrement
Sommation de payer : la demande d’injonction de payer est précédée d’une sommation adressée au débiteur dans le délai prescrit par le code de procédure civile.
Délai de la mise en demeure : un délai de paiement y est fixé ; en pratique, un délai bref est accordé, suffisant pour permettre une réponse sans allonger le dossier.
Opposition à l’injonction de payer : la partie contre laquelle l’ordonnance est rendue peut exercer la voie de recours prévue par la loi dans le délai imparti, à l’expiration duquel l’ordonnance devient un titre exécutoire.
Prescription : le délai de recevabilité de l’action varie selon la qualification juridique de la relation ; celle-ci doit donc être arrêtée sans tarder et les délais ne doivent pas être laissés courir sur la foi de promesses.
Conseils pratiques aux exploitants de garages
1N’entamez aucun travail de réparation sans un ordre de réparation écrit portant le numéro de sinistre, le numéro du véhicule ainsi que le nom et la qualité du signataire.
2Demandez un rapprochement de comptes trimestriel et conservez-en une copie signée ou un courriel comportant la reconnaissance du solde par la compagnie.
3Fixez un plafond de crédit pour chaque compagnie d’assurance avec laquelle vous traitez et cessez d’accepter de nouveaux travaux dès son dépassement, jusqu’au règlement.
4Faites examiner juridiquement la convention d’agrément avant de la signer, en particulier les clauses relatives aux délais de paiement, aux remises, à la compétence et à la cessation des relations.
5Documentez chaque réclamation par écrit et ne vous fiez pas aux appels téléphoniques : un appel ne prouve rien devant le tribunal, un document le prouve.
Références juridiques
1Décret-loi fédéral n° 6 de 2025 relatif à la Banque centrale, à l’organisation des institutions et activités financières et aux activités d’assurance.
2Décret-loi fédéral n° 42 de 2022 portant promulgation du code de procédure civile, tel que modifié.
3Décret-loi fédéral n° 50 de 2022 portant promulgation du code des transactions commerciales.
4Loi fédérale n° 5 de 1985 portant promulgation du code des transactions civiles, telle que modifiée.
5Décret-loi fédéral n° 35 de 2022 relatif à la loi sur la preuve en matière civile et commerciale.
Questions fréquentes
Nos services juridiques à Dubaï
À Dubaï, AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS assure le recouvrement des créances des garages et centres de réparation automobile auprès des compagnies d’assurance, la rédaction des mises en demeure notariées, le dépôt des plaintes réglementaires, l’introduction des requêtes en injonction de payer et des actions commerciales, le suivi des dossiers d’exécution ainsi que l’examen des conventions d’agrément conclues avec les compagnies d’assurance.
Nos services dans les autres émirats
Nous prenons en charge les dossiers de recouvrement des créances des ateliers et centres de réparation automobile auprès des compagnies d’assurance à Abou Dabi, Charjah, Ajman, Oumm al Qaïwaïn, Ras el Khaïmah et Foudjaïrah, devant les juridictions fédérales et locales et les autorités de supervision compétentes, y compris la détermination et la documentation de la dette, la réclamation judiciaire et l’exécution.

