Lorsqu'une autorité publique prend une décision qui affecte votre situation juridique — refus d'une licence, sanction disciplinaire, radiation d'une inscription ou décision d'interdiction —, le droit émirien ne laisse pas la personne lésée sans recours. Deux voies complémentaires s'offrent à elle : le recours administratif devant l'autorité elle-même, et l'action en annulation de la décision devant les tribunaux. Chacune comporte toutefois des conditions et des délais stricts, et les droits s'éteignent à leur expiration, car le délai de recours contre une décision administrative relève de l'ordre public et le juge l'applique d'office. Cet article explique quand le recours est obligatoire, les conditions de recevabilité de l'action en annulation et la manière dont les délais sont calculés avec précision.
Quelles sont les conditions de l'action en annulation d'une décision administrative et les délais du recours administratif obligatoire en droit émirien ?
Premièrement : qu'entend-on par décision administrative susceptible d'annulation ?
La décision administrative est la manifestation par l'administration de sa volonté obligatoire, en vertu de ses pouvoirs légaux, dans le but de produire un effet juridique déterminé. Tout acte administratif n'est pas susceptible d'un recours en annulation ; l'acte doit présenter les caractères qui en font une décision définitive produisant son effet juridique à l'égard de la personne lésée.
Caractères de la décision administrative définitive
Elle doit émaner d'une autorité administrative au sein de l'État et dans les limites de sa compétence ; elle doit être une décision définitive dont l'effet ne dépend pas de la ratification d'une autorité supérieure ; et elle doit, par elle-même, créer une situation juridique nouvelle, ou modifier ou éteindre une situation existante. Les actes préparatoires, les procédures internes, les avis et les recommandations qui ne produisent pas d'effet juridique direct ne peuvent, à eux seuls, faire l'objet d'une action en annulation.
Deuxièmement : qu'est-ce que le recours administratif, et la différence entre obligatoire et facultatif ?
Le recours administratif est une demande présentée par la personne lésée à l'autorité qui a pris la décision, ou à son supérieur hiérarchique, en vue d'un réexamen de la décision par son retrait, son annulation ou sa modification, avant de saisir les tribunaux ou en préparant cette saisine. Selon son effet juridique, il est de deux sortes :
Le recours obligatoire
Imposé par le législateur comme condition formelle préalable de recevabilité de l'action, de sorte que l'action en annulation n'est pas recevable avant son introduction et l'épuisement de ses délais. Il n'est obligatoire que lorsqu'une législation spéciale le prévoit expressément.
Le recours facultatif
La personne lésée peut l'exercer ou saisir directement les tribunaux. Son avantage est qu'il interrompt le cours du délai d'introduction de l'action en annulation et ouvre une voie amiable pour corriger la décision sans contentieux.
La règle, en droit émirien, est que le recours — qu'il soit obligatoire ou facultatif — interrompt le cours du délai de l'action en annulation au regard du code de procédure civile, comme détaillé dans la quatrième section ci-dessous.
Le recours contre les décisions administratives est une affaire de délais qui ne souffre aucun retardConsultation juridique spécialisée
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Troisièmement : quelles sont les conditions de recevabilité de l'action en annulation ?
L'action en annulation n'est recevable que si un ensemble de conditions de forme et de fond sont réunies ; l'absence de l'une d'elles conduit à une décision d'irrecevabilité sans examen du fond :
1) Objet du recours : une décision administrative définitive — l'action doit porter sur une décision administrative déterminée produisant son effet juridique, et non sur un acte matériel ou une procédure préparatoire.
2) Qualité et intérêt — le demandeur doit avoir un intérêt personnel direct, affecté par la décision attaquée par un effet juridique sur sa situation.
3) Délais légaux — l'introduction de l'action dans le délai prescrit, qui relève de l'ordre public et que le juge soulève d'office.
4) Recours préalable lorsqu'il est obligatoire — l'introduction préalable du recours administratif et l'épuisement de ses délais dans les cas où la législation spéciale fait du recours une condition de recevabilité de l'action.
Quatrièmement : comment se calculent les délais du recours et de l'action en annulation ?
Le code de procédure civile édicté par le décret-loi fédéral n° (42) de 2022 — en son article 84 bis — a posé une règle précise pour les délais des actions en annulation de décisions administratives et pour l'effet interruptif du recours, que l'on peut résumer ainsi :
60
jours — délai d'introduction de l'action en annulation à compter de la publication de la décision, de la notification ou de la connaissance certaine établie
60
jours dans lesquels l'autorité administrative doit statuer sur le recours qui lui est soumis
60
jours dont l'écoulement sur le recours sans réponse vaut rejet implicite
La règle telle qu'édictée par la loi
L'action en annulation des décisions administratives n'est pas recevable après l'écoulement de soixante jours à compter de la publication de la décision attaquée, de la notification de la personne lésée ou de la connaissance certaine établie de celle-ci. Ce délai est interrompu par le recours et l'opposition formés auprès de l'autorité administrative compétente conformément aux procédures prévues par la législation pertinente. L'autorité doit statuer sur le recours dans les soixante jours de son introduction, et si elle rend une décision de rejet, celle-ci doit être motivée. L'écoulement de soixante jours sur le recours sans décision vaut rejet implicite, et le délai d'introduction de l'action se calcule à compter de la date du rejet exprès ou implicite, selon le cas.
Parmi les points les plus importants à relever : ce délai relève de l'ordre public ; le juge peut déclarer l'action irrecevable pour expiration du délai d'office, même si la partie adverse ne l'invoque pas, ce qui rend la maîtrise précise des dates de connaissance de la décision et du recours décisive pour le sort de l'action.
Cinquièmement : quand le recours administratif est-il obligatoire aux Émirats ?
Le recours n'est une condition de recevabilité de l'action que lorsqu'une législation spéciale prévoit son caractère obligatoire. Parmi les domaines les plus marquants où le législateur émirien a réglementé des voies de recours préalables à la justice :
Les fonctionnaires du gouvernement fédéral : la loi sur les ressources humaines du gouvernement fédéral édictée par le décret-loi fédéral n° (49) de 2022 et son règlement d'exécution édicté par la décision du Conseil des ministres n° (48) de 2023 ont réglementé le mécanisme de recours contre les sanctions et les décisions devant la « commission des recours » constituée au sein de chaque entité fédérale, en tant que voie prescrite préalable à la saisine de la justice.
Les fonctionnaires du gouvernement de Dubaï : la loi de l'émirat de Dubaï n° (8) de 2018 sur la gestion des ressources humaines du gouvernement de Dubaï a organisé les règles de recours devant la « commission des recours et des plaintes », avec la possibilité d'un recours ultérieur devant la commission centrale des recours, conformément aux règles qui y sont prévues.
Les décisions du ministère des Ressources humaines et de l'Émiratisation : le ministère a dédié une commission à l'examen des recours des deux parties à la relation de travail contre ses décisions — tels que le recours contre le refus d'un permis de travail, les amendes administratives et la suspension d'un établissement —, offrant une voie de recours préalable au contentieux.
En conséquence, déterminer si le recours est obligatoire ou facultatif dépend de la législation régissant la nature de la décision et l'autorité émettrice, ce qui exige un examen juridique précis avant d'engager l'action.
Sixièmement : que prononce le juge administratif dans l'action en annulation ?
Le rôle du juge dans l'action en annulation se limite à l'examen de la légalité de la décision administrative. Si son illégalité est établie, le juge prononce son annulation, en tout ou en partie, avec les conséquences qui en découlent ; à défaut, l'action est rejetée. La personne lésée peut joindre à la demande d'annulation une demande de sursis à exécution de la décision lorsque le sérieux du recours et l'urgence d'écarter ses effets sont réunis. Elle peut également la joindre à une demande d'indemnisation du préjudice résultant de la décision illégale, l'autorité administrative étant tenue de réparer ses décisions illégales dès lors que la faute, le préjudice et le lien de causalité entre eux sont établis.
Références juridiques
- Décret-loi fédéral n° (42) de 2022 portant code de procédure civile — en particulier l'article (84 bis) relatif aux actions en annulation de décisions administratives, à leurs délais et à l'effet interruptif du recours.
- Décret-loi fédéral n° (49) de 2022 sur les ressources humaines du gouvernement fédéral.
- Décision du Conseil des ministres n° (48) de 2023 portant règlement d'exécution du décret-loi fédéral n° (49) de 2022 sur les ressources humaines du gouvernement fédéral (article 111 — commission des recours).
- Loi de l'émirat de Dubaï n° (8) de 2018 sur la gestion des ressources humaines du gouvernement de Dubaï.
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Questions fréquentes
Quel est le délai pour introduire une action en annulation d'une décision administrative ?+
Soixante jours à compter de la publication de la décision, de la notification de la personne lésée ou de la connaissance certaine établie de celle-ci. Ce délai est interrompu par le recours, de sorte que les soixante jours sont recalculés à compter de la date du rejet exprès ou implicite du recours.
Faut-il toujours former un recours avant l'action ?+
Non, sauf si une législation spéciale prévoit le caractère obligatoire du recours comme condition de recevabilité de l'action, comme pour certaines décisions de ressources humaines de l'administration. Dans les autres cas, le recours est facultatif, mais utile, car il interrompt le délai de l'action et offre une occasion de corriger la décision à l'amiable.
Que faire si l'autorité administrative garde le silence et ne répond pas au recours ?+
L'écoulement de soixante jours sur l'introduction du recours sans décision vaut rejet implicite, à compter duquel commence le délai de soixante jours pour introduire l'action.
Peut-on demander le sursis à exécution en même temps que l'annulation ?+
Oui, la demande d'annulation peut être assortie d'une demande de sursis à exécution de la décision lorsque le sérieux des moyens du recours et l'urgence d'écarter des effets irréparables sont réunis ; elle peut également être assortie d'une demande d'indemnisation.
Le tribunal peut-il rejeter l'action pour expiration du délai sans que la partie adverse le demande ?+
Oui, le délai de recours par l'action en annulation relève de l'ordre public, et le tribunal peut examiner s'il est respecté et déclarer l'action irrecevable pour son expiration d'office.
Chaque décision administrative a ses propres circonstances et délais ; contactez AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS pour un conseil précis qui protège votre droit avant qu'il ne soit trop tard.Contactez-nous Avertissement juridique
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Ce texte est une traduction de l'article original en arabe ; en cas de divergence entre les deux versions, le texte arabe prévaut.
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