Quand les entreprises font-elles faillite aux Émirats ?
Les difficultés financières sont une étape par laquelle toute entreprise peut passer, mais y parvenir ne signifie pas nécessairement la fin de l’activité. Le législateur émirien a encadré cette matière par la loi sur la restructuration financière et la faillite, en vigueur depuis le 1er mai 2024, qui a remplacé l’ancienne loi sur la faillite et a offert à l’entreprise en difficulté trois voies graduées : le règlement préventif pour préserver l’activité tout en remboursant les dettes, puis la restructuration au moyen d’un plan approuvé, et enfin la déclaration de faillite avec liquidation des biens s’il ne reste aucune autre option — le tout sous la supervision du Tribunal de la faillite spécialisé. Dans cet article, nous expliquons quand une entreprise doit recourir à chaque voie, comment se déroulent les procédures en pratique, à qui la loi s’applique, les seuils financiers de saisine, et la responsabilité de la direction de l’entreprise.

Quand les entreprises doivent-elles recourir à la faillite et à la restructuration financière aux Émirats, et comment se déroulent les procédures ?
1. Que recouvrent la restructuration financière et la faillite, et quelle loi les régit ?
La restructuration financière et la faillite constituent un cadre juridique intégré visant à traiter les difficultés des entreprises et à protéger les droits des créanciers en même temps, afin que la difficulté ne soit pas une voie à sens unique vers la liquidation. Aux Émirats, ce cadre est régi par la loi sur la restructuration financière et la faillite, promulguée par un décret-loi fédéral, entrée en vigueur le 1er mai 2024 en remplacement de l’ancienne loi sur la faillite abrogée, accompagnée de son règlement d’exécution publié par le Conseil des ministres.
La loi fixe un ensemble d’objectifs à respecter lors de son application et de son interprétation, notamment préserver la vitalité de l’économie nationale et les droits des créanciers, et aider le débiteur à régler ses dettes tout en évitant autant que possible la liquidation et la faillite.
2. À qui la loi s’applique-t-elle et qui en est exclu ?
Cette loi ne s’applique pas aux personnes physiques qui n’ont pas la qualité de commerçant ; celles-ci relèvent de la loi distincte sur l’insolvabilité. La loi sur la restructuration financière et la faillite s’applique à des catégories déterminées d’entreprises et d’entités à caractère commercial et professionnel.
3. Quelles sont les trois voies offertes par la loi et quand utiliser chacune ?
En vertu de la loi, le traitement de la difficulté s’aggrave de la moins à la plus sévère dans ses effets, de sorte que l’entreprise commence par la voie qui préserve son activité et ne passe à la liquidation que lorsqu’il ne reste aucune alternative.
4. Quand l’entreprise doit-elle recourir au règlement préventif et comment se déroule-t-il ?
Le règlement préventif est la voie la plus adaptée à l’entreprise dont l’activité demeure viable mais qui rencontre une difficulté temporaire à honorer ses obligations. La demande est introduite par le débiteur lui-même, qui continue à gérer normalement son activité et ses biens sans en être dessaisi, tandis que le Tribunal de la faillite ratifie la proposition de règlement et en supervise l’exécution.
Cette étape se distingue en ce qu’elle offre au débiteur une marge pour négocier avec ses créanciers dans un cadre judiciaire organisé : durant cette période, il est interdit aux créanciers d’exercer des poursuites individuelles et séparées sur les biens du débiteur jusqu’à ce que le tribunal achève sa mission, ce qui prévient toute disparité de préférence entre eux.
5. Quand recourir à la restructuration et quelles restrictions s’imposent ensuite au débiteur ?
On recourt à la restructuration lorsque l’activité nécessite un ajustement plus profond de sa structure d’endettement ou de ses opérations. Elle est demandée sur requête du débiteur, des créanciers ou de l’autorité de contrôle, et repose sur un plan de restructuration approuvé et exécuté sous la supervision d’un syndic. Le cas échéant, le débiteur, son conseil d’administration ou ses dirigeants peuvent être dessaisis de la gestion des biens et de l’activité.
Après l’ouverture des procédures de restructuration, le débiteur est tenu d’obtenir l’accord écrit ou électronique du syndic avant d’entreprendre certains actes, notamment :
2) Payer des dettes échues ou avant leur échéance.
3) Constituer une filiale ou acquérir des parts ou des actions dans une autre société.
4) Transférer la propriété de tout ou partie de ses biens, de son activité ou de ses actifs hors du cours normal de son activité.
5) Renoncer à toute réclamation judiciaire ou conclure tout règlement financier.
6. Quand la faillite est-elle déclarée et comment s’effectuent la liquidation et la distribution ?
La faillite est déclarée lorsque l’activité ne peut être sauvée par le règlement ou la restructuration, l’objectif étant alors un règlement collectif des dettes du débiteur par la liquidation de ses biens et de son activité et la distribution du produit aux créanciers.
La demande du débiteur d’ouvrir les procédures de déclaration de faillite entraîne son dessaisissement du pouvoir de disposer de ses biens dès le dépôt de la demande. Dès la décision d’ouverture, le Tribunal de la faillite désigne un agent du Département de la faillite pour apposer les scellés — dans un délai de dix jours — sur les locaux, bureaux, entrepôts, livres et biens meubles du débiteur, en vue de la liquidation. Les biens du débiteur ne peuvent être vendus aux enchères qu’avec l’approbation du Tribunal de la faillite du plan de liquidation et de distribution.
Le produit de la liquidation est réparti selon un ordre de priorité qui donne la précédence aux dettes garanties par des sûretés réelles, puis aux dettes ordinaires non garanties, et enfin aux droits des actionnaires s’il subsiste un excédent.
7. Quels sont les seuils financiers de saisine et qui statue en la matière ?
Le règlement d’exécution de la loi a fixé une valeur minimale de la dette permettant à un créancier ou à l’autorité de contrôle de demander l’ouverture des procédures de restructuration ou de déclaration de faillite, afin d’assurer le sérieux des demandes.
Ces matières sont tranchées par une juridiction spécialisée ; la loi a institué le Tribunal de la faillite aux niveaux fédéral et local, qui supervise le règlement préventif, la restructuration et la faillite. Il est assisté d’une unité organisationnelle dénommée « Département de la faillite », présidée par un juge d’un grade au moins équivalent à celui de conseiller d’appel, qui reçoit et enregistre les demandes, adresse les notifications et vérifie la complétude des documents. Le cadre est également lié aux travaux de la Commission de réorganisation financière.
8. Quelle est la responsabilité des dirigeants et peut-on obtenir un financement durant les procédures ?
La loi a renforcé la responsabilité de la direction de l’entreprise en difficulté, y compris la mise en cause des dirigeants pour toute mauvaise gestion ou pratique ayant conduit à la difficulté, afin de protéger les droits des créanciers et de renforcer la gouvernance. Elle a également prévu des sanctions pour les formes de faillite associées à la fraude ou à la négligence, conformément aux dispositions de la loi.
En contrepartie, la loi a tenu compte de la continuité de l’activité, en autorisant le débiteur soumis au règlement préventif ou à la restructuration à obtenir un nouveau financement pendant la durée des procédures, sous des conditions et garanties déterminées, afin de l’aider à surmonter la crise plutôt que de glisser vers la liquidation.
« La philosophie fondamentale de la loi sur la restructuration financière et la faillite est de sauver l’activité plutôt que d’y mettre fin ; recourir tôt au règlement préventif ou à la restructuration permet souvent de préserver la continuité de l’entreprise et de protéger les droits de ses créanciers en même temps, tandis que la déclaration de faillite demeure l’ultime recours lorsque toutes les autres voies sont épuisées. » — Maître Awadh Almheiri
Références juridiques
2) Décision du Conseil des ministres n° (94) de 2024 relative au règlement d’exécution de la loi sur la restructuration financière et la faillite — règlement d’exécution.
3) Décision du Conseil des ministres n° (4) de 2018 relative à la constitution de la Commission de réorganisation financière — décision.
4) Décret-loi fédéral n° (19) de 2019 relatif à l’insolvabilité — loi fédérale (concernant les personnes physiques non commerçantes ; cité ici pour le distinguer du champ de la loi sur la faillite).
Foire aux questions
Quelle est la différence entre le règlement préventif et la restructuration ?+
La loi sur la faillite s’applique-t-elle aux particuliers ?+
Quand un créancier peut-il demander la faillite de la société ?+
L’entreprise continue-t-elle son activité pendant les procédures ?+
Que produit le dépôt d’une demande de déclaration de faillite ?+
Comment le produit de la liquidation est-il réparti entre les créanciers ?+
Peut-on obtenir un nouveau financement pendant les procédures ?+
Qui statue sur les affaires de faillite et de restructuration ?+
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